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Accès aux marges: espaces hors-la-loi et narratifs dans les sagas de hors-la-loi islandaises médiévales

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Accès aux marges: espaces hors-la-loi et narratifs dans les sagas de hors-la-loi islandaises médiévales

Par M.A. Marion Poilvez

Brathair, Vol.12: 1 (2012)

Résumé: L'aspect juridique et historique de la hors-la-loi islandaise au Moyen Âge a été largement étudié et commenté par les savants, soit en suivant les indications formelles des Grágás, soit en utilisant des exemples littéraires répandus dans les sagas. Les deux principales sagas hors-la-loi islandaises, Grettis saga Ásmundarsonar et Saga Gísla Súrssonar ont été jusqu'à présent principalement discutés en relation avec d'autres contes sur les hors-la-loi d'Europe (Robin Hood, Hereward), mais étonnamment pas souvent ensemble. À travers l'analyse des concepts d'exil et de liminalité, cet article tentera de replacer les deux sagas dans leur contexte islandais spécifique et de souligner la nature spécifique de l'interdiction totale islandaise ainsi que ses conséquences dans le récit. Les hors-la-loi médiévaux islandais étaient exclus de l'espace social de l'île, mais il leur était interdit de la quitter (óferjandi). Le fait d'être coincé sur l'île mais hors de la scène publique conduit à la création de nouveaux espaces narratifs originaux et individualisés: le désert surnaturel pour Grettir, les rêves torturés pour Gísli.

Introduction:Pourquoi devrait-il vivre longtemps? Cette question rhétorique cruelle mais néanmoins sage sonne comme un écho de la condition des hors-la-loi islandais. Dans une société où les liens sociaux et la solidarité sont nécessaires pour endurer les conditions météorologiques et les paysages peu accueillants, l'exclusion et l'isolement apparaissent comme la pire punition que l'homme puisse infliger à l'homme, pire encore que la mort. En effet, étant exclus de l'espace social, les hors-la-loi islandais à part entière n'avaient toujours pas le droit de quitter l'île (óferjandi), alors que d'autres remarquables parias médiévaux d'Europe continentale ne l'étaient pas. Par exemple, lorsque Tristan est soupçonné d'être indûment proche de la reine Yseut, il est banni du tribunal, mais avec la possibilité de partir et de recommencer une nouvelle vie sous la protection d'un autre seigneur, et souhaitant être un jour réintégré. En revanche, lorsqu'il est reconnu coupable de rapports sexuels avec la reine, il est directement condamné à mort avec sa bien-aimée. Il réussit à s'échapper et habite l'espace marginal de la forêt pendant un certain temps, mais à la fin, il atteint son but et rejoint une autre cour.

Cette possibilité même est théoriquement refusée au hors-la-loi islandais, et une peine de mort directe n'est appliquée que dans quelques cas. D'autres hors-la-loi bien connus (comme Robin Hood), décident de recréer une société alternative afin de menacer le pouvoir de l'autorité. Il en va de même pour Hereward, qui est devenu une figure nationale de la résistance contre l'envahisseur Guillaume le Conquérant. Certains hors-la-loi islandais ont suivi cette voie selon le Landnámabók et à Harðar Saga ok Hólmverja, pourtant, ce ne sont pas ceux qui ont le plus attiré l'attention des sagamenn (écrivains de saga) et de leur public. Les particularités géographiques et sociales de l'Islande ont déclenché une manière spécifique de traiter les parias, ainsi qu'une manière particulière de raconter leur vie. En conséquence, survivre dans un environnement naturel et (non) social aussi dur rend l'histoire de ces hommes söguligr (vaut la peine d'être dit).


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